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À bord d’un autobus péruvien
Publié le Jeudi 12 janvier 2012
Voyager à l’étranger, c’est souvent être confronté à l’inconnu et vivre des situations rocambolesques. Bien que exaspérantes lorsque vécues, ces expériences deviennent souvent les plus forts souvenirs de nos récits de voyage. Mon séjour au Pérou n’y échappe pas. Alors que je descends d’un autobus à Nazca, j’ignore que je m’apprête à vivre un 24 heures particulièrement haut en couleurs.
À mon arrivée à Lima le 27 juillet, j’apprends que c’est la veille de la fête nationale de l’indépendance du pays obtenue en 1821. En cette occasion, la majorité des péruviens voyagent à travers le pays et les compagnies d’autobus vendent la totalité de leurs billets. Cela complique mes plans de me rendre à Aréquipa dans les jours suivant.
Le lendemain soir, avec l’aide précieuse des employés de l’auberge de jeunesse, je parviens à me procurer des billets d’autobus pour Nazca, petite ville située entre Lima et Aréquipa. Il faudra attendre d’y être rendue pour l’achat des billets vers ma destination.
Désorientée à Nazca

J’arrive dans le village endormi aux premières lueurs du soleil et je me dirige vers la petite cabane dévêtue qui semble être la billetterie. Le vendeur bredouille que tout est vendu et m’invite à revenir après 15h. J’essaie de comprendre… revenir pourquoi ?
Je passe la journée à flâner dans les rues sous la chaleur accablante. Au retour d’une brève visite des lignes de Nazca, le petit homme énergétique qu’est le chauffeur m’amène sur le bord d’une rue achalandée. Il me dit d’y revenir dans l’après-midi pour attendre les autobus. Je ne comprends pas trop… Ce bout de trottoir, c’est un arrêt de bus ? Il me dit ensuite d’offrir une somme d’argent aux chauffeurs et que l’un d’eux me laissera peut-être entrer. Ce doit être mon expression perplexe qui l’incite à ajouter : « ne t’inquiètes pas, tout le monde le fait ! »
15h pile. Je retourne à la billetterie et on m’envoie au même coin de rue.
Faire du pouce péruvien

Je suis la seule touriste parmi une dizaine de futurs passagers. Un premier autobus s’arrête. À ma surprise, les gens se ruent comme des forcenés, se bousculent et crient au chauffeur pour entrer. Quelques minutes plus tard, un deuxième autobus passent tout droit. Puis un troisième. Au quatrième, la bataille recommence. Je comprends que ma seule chance est d’en faire autant… Moi, petite personne, je dois pousser et bousculer !
Après quelques tentatives ratées, un gros péruvien habillé en cowboy, une caisse de guitare à la main, me propose de partager un taxi avec quatre autres étrangers. Je ne lui fais pas trop confiance, mais je suis désespérée. Nous nous rendons jusqu’à Challa, un village pauvre de pêcheurs à deux heures de route, et attendons de nouveau.
Une heure et quelques autobus plus tard, le cowboy péruvien me pousse vers la foule. Ma petite personne se faufile entre mes co-potentiels passagers et crie au chauffeur une somme d’argent. Je me précipite à l’intérieur et lui tend l’argent pendant que le cowboy en profite pour l’informer que je paye pour lui. Pardon ? Je viens de me faire avoir ! Je lui lance un regard insulté, mais n’ose rien dire. Je me console en me disant que si je ne l’avais pas rencontré, je serais encore au coin de la rue en train d’attendre !
Transport clandestin
L’autobus à deux étages est rempli. Aucun banc n’est disponible et plusieurs passagers sont debout. Épuisée, je m’assoie par terre et m’endors la tête sur mes genoux. Je me réveille et jette un coup d’œil à la montre du voisin. Seulement une heure s’est écoulée. J’ai de la difficulté à croire qu’il m’en reste six. Je me lève, me rassoie, tourne d’un côté puis de l’autre. Je somnole finalement jusqu’à ce qu’une odeur répugnante atteigne mon nez. Le plancher sur lequel je suis assise est souillé d’urine séchée. Depuis combien de temps la toilette déborde ? Pour ajouter à la scène, le bras de la femme endormie sur le banc à côté me tombe sur la tête. Je le repose délicatement sur elle, mais il retombe. On s’adonne au jeu de repose-retombe plusieurs fois. Que de plaisir !
L’autobus arrive finalement à Aréquipa avant le levé du soleil. Complètement courbaturée et empestée, je me dirige vers un motel. Quel soulagement que d’être arrivée à destination ! Alors que je profite de la douche froide de l’auberge, je ne peux m’empêcher de ressasser les derniers 24h et d’admirer qu’au Pérou, même sans laissez-passer, on peut passer !
Blogueuse : Anne-Marie Luca
Blogue: À bord d’un autobus péruvien
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