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Partir seule pour revenir à plusieurs
Publié le Jeudi 12 avril 2012J'écris ce billet d'une petite chambre aux murs de pierres et aux grandes fenêtres desquelles arrivent des rires d'enfants qui crient des mots que je ne comprends pas. J'écris ce billet du deuxième étage d'une maison modeste installée dans une rue étroite de la très jolie ville de San Cristobal de Las Casas, au Sud du Mexique. J'écris ce billet, et je suis seule: je n'ai pas pris de verre avec des amis plus tôt aujourd'hui, sous le soleil éclatant de San Cristobal, et je n'irai rejoindre personne pour la soirée. Je suis seule, au fond d'une ruelle mexicaine.
Et vous savez quoi? Je ne suis ni triste, ni angoissée, ni nostalgique. Pourtant, il n'y a pas si longtemps, voyager en solo m'apportait son lot de sentiments difficiles. Se retrouver seule, dans un pays étranger, qui ne parle pas la même langue que soi, au milieu de familles, de couples et d'amis qui rigolent, ce n'est pas facile. Je crois qu'à toi, à moi, à eux, à la plupart d'entre nous, la solitude fait peur.
Dans une société où la vie sociale est le centre de bien des soirées, il est assez inhabituel de se retrouver seule à déjeuner, à diner, à souper, à jongler avec ses propres réflexions, puis à prendre un verre avec soi-même... C'est ce que le fait de voyager seule oblige: des moments pour soi, une liberté infinie, un trajet guidé par ses pas, des verres à sa propre santé.
Et aujourd'hui, pour la première fois, quelques jours de solitude ne me pèsent pas, au contraire, parce que je sais justement qu'ils me permettent de me retrouver, mais aussi, qu'ils sont l'interlude entre des rencontres riches. De celles qui restent dans mon sac à dos pour toujours.
Je parle de ce Français, dont je ne sais même plus le nom, et qui m'avait offert de pique-niquer sur une plage de Californie parce que j'étais triste, ou de ces sœurs suisses avec lesquelles j'avais, quelques jours plus tard, loué une voiture pour rouler sur une des plus belles routes du monde, en bordure du Pacifique. Je parle de cette colocataire imposée avec qui j'ai partagé une chambre à Winnipeg, et avec qui j'ai ri comme avec personne. Je pense à Mosike, la vieille dame qui m'a accueilli chez elle, en Afrique du Sud, et qui m'envoyait acheter des bières parce que «ça parait mal pour la femme du chef du village», et qui lançait des Hakuna Matata en riant à longueur de jour. Je trouve aussi dans le fond de mon sac à dos le souvenir de ces deux gars de Calgary qui m'avaient inventé une chanson parce que je trouvais le trajet de train long, entre Montréal et Vancouver. Et, sur le dessus de mes bagages, je trouve ce souvenir encore frais de ce Mexicain qui m'a fait découvrir pendant trois jours, avec une fierté touchante cette ville mal aimée qu'est la très jolie Mexico.
Désormais, quand je me rappelle la Californie, je pense à la France et à la Suisse, quand je parle de Winnipeg, je songe à Marjorie, et l'Afrique du Sud est pour moi synonyme de cette femme qui écrasait pieds nus des grenouilles grosses comme ma main. Quand je pense à ma traversée du Canada je revois ces deux gros gars me fredonner n'importe quoi, et je sais que la ville de Mexico sera pour moi désormais associée au sourire de ce Mexicain qui a réussi à me rendre amoureuse de sa ville.
A vrai dire, je voyage seule pour que mes souvenirs de voyages ne soient pas faits que de paysages, mais pour qu'ils ressemblent aussi à ça:
Les plus belles rencontres de voyage se font lors de voyages en solo, j'en ai la certitude. Certainement parce que nous sommes alors plus ouverts, mais aussi parce que nous sommes plus vulnérables au milieu d'un monde inconnu, et que ces rencontres revêtent alors un tout autre sens.
Partir seule me demande toujours un peu plus de courage. Et pourtant, je sais que j'en ai besoin: pour plonger au fond de moi-même, mais aussi pour aller vers les autres avec les yeux plus curieux, avec l'esprit plus ouvert.
Je suis seule, ce soir, au milieu de ce qui est pour moi nulle part, mais je n'ai plus peur, parce que je sais qu'hier et que demain sont faits de gens dont je rapporterai le souvenir à Montréal.
Source photo: Google
Blogueuse : Véronique Leduc
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