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La chance qu'on a
Publié le Jeudi 07 juin 2012
Parfois, ce n'est pas parce qu'on veut faire quelque chose qu'on peut le faire. On peut vouloir voler par exemple, pour se sentir libre et voir tout de haut. Mais même si on veut très fort, ce ne sera pas possible.
Au fil de mes voyages, je me suis rendue compte que pour certains, explorer le monde était un rêve tout aussi inaccessible que celui de survoler le monde comme un oiseau peut l'être pour toi, moi et nous.
Un jour, j'ai fait une randonnée dans la chaude forêt cambodgienne. Mon amie et moi peinions à avancer alors que le guide, devant, portait nos sacs. Nous avons visité des villages reculés, faits de chemins de terre et de maisons en feuilles de palmiers où des enfants cachés derrière les portes minces regardaient, curieux, les visiteurs passer. Puis, avant de repartir, devant un sandwiche, le guide, poussé par la curiosité, nous a demandé combien coûtait un billet d'avion pour aller au Canada. Il fallait voir ses yeux quand il a su. Il a été impressionné, puis a tristement constaté qu'il ne pourrait jamais voir le Canada.
Des années plus tard, dans un village du Limpopo, en Afrique du Sud, j'ai rencontré Mosike, une vieille dame curieuse comme seuls les enfants peuvent l'être. Sur la terre rouge, sous un baobab, elle demandait: «C'est comment prendre l'avion, tu t'assois et tu attends? Et la neige, ça fait mal ou c'est possible de la toucher? Tu sais, je ne pourrai jamais m'y rendre, alors, j'aime mieux tout te demander... Et les grands-mères, dans ton pays, elles sont comme celles d'ici? Ta grand-maman, elle me ressemble?»
Dernièrement, au Mexique, sur la plage blanche de la mer bleue, j'ai rencontré un ami qui avait une vie qui ressemblait à la mienne, mais sous un soleil plus chaud. Il était travailleur indépendant, il avait un bel appartement à l'intérieur duquel on trouvait des DVD de séries américaines et un portable. Mais pour lui, impossible de visiter le Canada ou même les États-Unis, son voisin. Avec un tel taux de change, il faudrait être riche pour pouvoir se le permettre...
Chaque fois, j'ai un choc, parce qu'entre chacune de ces rencontres, j'oublie qu'il ne suffit pas de faire quelques compromis et de prévoir le coup pour voyager. J'oublie qu'il ne suffit pas de vouloir pour pouvoir.
Partir, même ici, n'est pas donné à tous. Il faut, pour découvrir une nouvelle partie du monde, économiser, se préparer, prendre congé, s'organiser. Mais tout de même, au bout du chemin, nous savons que nous respirerons de nouvelles odeurs, que les rues seront plus étroites ou trop grandes, que les gens seront plus foncés, que les saveurs seront surprenantes et que la découverte sera partout. Ici, bien souvent, si nous le voulons, nous pouvons.
La chance qu'on a, il faut la trimballer avec soi et y penser souvent. Désormais, quand je voyage, je regarde un peu pour ce guide cambodgien, je goûte quelques plats pour cette grand-mère sud-africaine et je marche dans certaines rues du monde pour cet ami mexicain.
En attendant que le voyage soit possible pour tous, imaginons un voyage de tous les possibles, où la découverte et une envolée seraient possibles. Le monde, il est aussi beau vu de haut:
Blogueuse: Véronique Leduc
Blogue: La chance qu'on a
Parfois, ce n'est pas parce qu'on veut faire quelque chose qu'on peut le faire. On peut vouloir voler par exemple, pour se sentir libre et voir tout de haut. Mais même si on veut très fort, ce ne sera pas possible...
